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© Meet

Yang Lian
La maison sur l'estuaire

traduit du chinois par Chantal Chen-Andro
11 €


• Extrait

Londres

Le réel fait partie de ma nature.
Le printemps de nouveau accepte la débauche de vert des morts.
La rue accepte les cortèges mortuaires plus noirs sous les fleurs plus nombreuses.
Sous la pluie, la cabine téléphonique rouge est une mise en garde.
Le temps fait partie des viscères. Les voix des oiseaux
ouvrent chaque visage rouillé sur les chaises longues.
Les yeux tournés vers la nuit sont une interminable histoire de navigation.
Quand un jour est gommé, Londres

 


écrit jusqu'au bout ma folie, lèche à fond la mousse brune de la bière.
Les sons des cloches dans la tête de l'oiseau oscillent comme des vers obscurs au chômage.
La ville fait partie des mots, partie de moi la plus redoutable
démontrant mon insignifiance, acceptant
la couverture en agneau bleu moisie derrière la fenêtre.
Les souvenirs des viandes de mouton se font relieurs appliqués
de leur propre mort, meurent dans l'objectif sans convulsions,
et quand l'entre-deux des feuilles du journal est cimetière, derrière, il y a la mer.

******

Yang Lian est né en Suisse en 1955. Il a grandi à Pékin où il est devenu l’un des premiers poètes « Underground » publié par le magazine littéraire Jintian. Il faudra cependant attendre les années 1980 pour que sa notoriété dépasse les frontières chinoises, notamment grâce à son poème Norlang, vivement critiqué par le gouvernement. Il s’expatrie en Australie et en Nouvelle-Zélande afin de fuir la politique de Deng Xiaoping et les émeutes de 1989. Ses essais et poèmes sont écrits en chinois mais son travail est traduit dans plus de vingt langues, en édition bilingue, La Maison sur l’estuaire (meet, 2001). Il a remporté de nombreux Prix tels que le Flaiano International Poetry Prize (Italie, 1999) ainsi que le Poetry Books Society Recommended Translation pour Là où s’arrête la mer (Caractères, 2004). 

 

© meet 2001

Illustrations (détails)  : Olivier Matouk