I
Je ne veux pas laisser à Saint-Nazaire le souvenir d’une canaille. Je sais que je pourrais me taire. Il suffirait de bazarder ces aveux concernant ma responsabilité dans la mort de Gérard que je n’ai connu qu’en rêve et dont la véritable existence ne m’a été révélée qu’après sa mort. Seule ma conscience m’oblige à me faire connaître. Finalement cet ancien héros de la Seconde Guerre mondiale est mort de mort naturelle. Cependant, je me sens responsable de ce qui lui est arrivé tout comme de la tragédie de la gare des rêves de cette ville bretonne.
Je me suis engagé auprès de la Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs de Saint-Nazaire (meet) à produire une œuvre qui sera publiée dans la collection bilingue des écrivains invités. Laisser une vingtaine de poèmes, les uns composés sur place, d’autres dans mon pays serait la façon la plus simple de tenir mes engagements et au passage une astuce pour me dispenser d’écrire ces pages que je crois devoir laisser aux habitants de la ville et en général à tous ceux qui désirent connaître l’histoire de mon infamie, si tant est que j’aspire à un peu de compréhension et à quelque réconfort pour soulager ma conscience.
Tout d’abord je dirai que je suis un hôte atypique de la Maison des Écrivains Étrangers. Certes je suis écrivain. J’ai publié quelques livres de poèmes qui ont bien marché. Trois plus précisément pour être sincère. Sauf que le premier est d’une médiocrité épouvantable et que je m’efforce toujours de l’effacer de ma mémoire, d’en nier la paternité. Par ailleurs, j’ai écrit quelques romans inédits et je suis un chroniqueur reconnu dans mon milieu.
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Orlando Sierra Hernández est né en 1959. Journaliste colombien, il était directeur adjoint du journal La Patria de Manizales. En 2002, il a été assassiné par balles devant l'entrée de son journal. En traduction française, a gare des rêves, est paru en édition bilingue (meet, 2007).
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